En Silence

Un opéra de chambre
Adapté de la nouvelle En Silence de Yasunari Kawabata (1899-1972)

L’écrivain Ômiya Akifusa, paralysé, est privé de son langage, des signes et des mots.

Comment un créateur peut-il encore vivre quand il est privé de son expression artistique ?

Que deviennent son histoire, son passé, son présent et comment l’Autre invente-t-il son devenir ? Tissée de questions sur la création, la transmission, la mémoire, la perte, cette nouvelle métaphysique de Yasunari Kawabata oscille entre ap-parition et disparition et met en jeu l’alternance du réel à l’au-delà, de l’intérieur à l’en dehors, du silence à la musique.

La route qui amène Mita chez le maître et sa fille Tomiko est un chemin initiatique traversant un tunnel près d’un crématorium, où des âmes errantes côtoient le fantôme d’une jeune femme.

Qui est-il ? Que symbolise-t-il ? Va-t-il apparaître ?

Ce trajet nous entraîne aux lisières de ce conte fantastique où le spectateur entre ainsi dans un monde irrationnel, ambigu, alliant l’humour parfois grotesque au tragique et assistera à la métamorphose de Tomiko, jeune femme sacrifiée à la figure du père.

Pour cette mise en scène d’un opéra de chambre sur une musique envoûtante et lyrique d’Alexandre Desplat, les chanteurs évolueront dans un espace abstrait, horizontal, minimaliste. Leurs chants seront comme enveloppés d’une lumière-matière créant un monde flottant trouble et fantomatique.

Les dix musiciens, en fond de scène, apparaîtront comme des personnages essentiels de la dramaturgie. Disposés en léger surplomb sur une seule ligne, dans des costumes baroques, ils sembleront figurer une gamme chromatique lumineuse : réminiscence d’un verger au printemps, ils offriront au regard du maître un horizon ouvert et vibratoire, une profondeur de champ propice à la vie des âmes défuntes capables de renaître à l’infini, dans cette recherche de beauté, cette quête d’une Nature chère à l’auteur.

Au centre, l’espace de la maison, en noir et blanc où va se tenir le maître, assis de dos, en silence ; présence centrale face aux musiciens, entouré des deux protagonistes chanteurs Tomiko et Mita.

À l’avant-scène – espace symbolique de l’écriture – le narrateur interprétant plusieurs personnages prendra possession du récit.

Entre ces trois univers matérialisés, surgira l’espace mental au fil d’une création vidéo hantée par l’image de l’écrivain : signes, calligraphie, fantasmes, flashes.


 Adapter et mettre en scène cette nouvelle En Silence, représente une expérience essentielle : un acte de résilience, en écho à la blessure profonde du silence de mon violon.

- Solrey