À propos

© Pozzan Martina

Si la musique constitue, viscéralement, la grande affaire de Dominique Lemonnier, dite « Solrey », ce n’est jamais selon une vision étroite et figée de celle-ci. Bien au contraire, ses activités de violoniste, directrice artistique, fondatrice du Traffic Quintet, réalisatrice et metteuse en scène promeuvent toutes une vision élargie de la musique, notamment par son dialogue avec les arts visuels et la littérature.

Persuadée que « l’œil écoute et l’oreille voit », Solrey défend une conception synesthésique de la création. Ses expériences actuelles de mises en scène s’en inspirent pour proposer une nouvelle écriture scénique où la présence musicale – envisager la musique comme un personnage décisif de l’intrigue – occupe une place jusqu’à aujourd’hui peu expérimentée.

Violoniste, enfant précoce, Dominique Lemonnier dite « Solrey », reçoit l’enseignement de maîtres tels Gabriel Bouillon, Pierre Doukan et Henri Temianka aux USA comme de séjours d’études à l’Accademia Chigiana de Sienne et à la Schola Cantorum de Bâle avec Jaap Schröder, Solrey mène d’abord une carrière d’interprète au sein de formations de chambre et symphoniques prestigieuses (Orchestre philharmonique de Radio France, Ensemble Instrumental de Lausanne, Ensemble Mosaïque…). En parallèle, elle développe très tôt une appétence pour des expériences « autres », comme enregistrer de nombreuses BO pour le cinéma et participer auprès d’André Engel, Georges Lavaudant ou Jacques Bonnafé à des expériences théâtrales, tout en explorant d’autres genres musicaux, du jazz au tango.

Elle initie des collaborations artistiques avec le designer François Azambourg, le styliste Pier Paolo Piccioli, les plasticiens Vincent Beaurin, Jacques Monory et Ange Leccia. Parmi ces collaborations, la plus importante, durable et multiforme, en cours depuis les années 1990, est évidemment celle avec Alexandre Desplat. Dans un échange créatif permanent, ils travaillent ensemble sur ses musiques de films – dont Solrey est longtemps l’interprète fétiche – et sur les spectacles pour son ensemble le Traffic Quintet. La création en 2005 de cette formation constitue une étape importante de son parcours. Dans ce cycle de quatre spectacles donnés en France, en Europe et aux États-Unis (Nouvelles vagues, 2005 ; Divine Féminin, 2009 ; Eldorado, 2011 ; Quai de Scènes, 2013), Solrey y met en scène des expériences visuelles et auditives inédites, tout en initiant, à partir de musiques de films, un travail sur l’écriture narrative et la mise en espace de la musique.

Depuis 2010, suite à une opération au cerveau qui la prive de sa main gauche de violoniste, Solrey déploie de nouvelles activités artistiques. Cette expérience traumatique et la longue rééducation qui a suivi a permis une prise en compte accrue du phénomène synesthésique et une réflexion sur le « cerveau musicien », les relations entre système cognitif et pratique musicale.

En 2016, elle réalise Alain Planès, l’infini turbulent, son premier documentaire consacré à cet ami pianiste, avec lequel elle partage une passion pour la littérature, la peinture et la musique française. À la recherche du son retrouvé, série consacrée aux Sonates de Beethoven sur pianos historiques de la Collection Giulini par Alain Planès. Aujourd’hui elle signe sa première mise en scène d’opéra avec la création de En Silence.